Dix années au service du Diable
- debouige.m
- 9 déc. 2025
- 2 min de lecture
Atelier d'écriture. Thème : Dans le livre que j’écris, je dois intégrer un personnage très routinier qui déteste tout ce qui sort de sa routine.
J’arrivais enfin chez mon nouvel employeur. J’avais été sélectionné pour ce poste grâce aux lettres de références que mes longues années de service servile m’avaient procuré. De ce qu’on m’en avait dit, le Comte n’était pas homme à supporter la moindre incartade aux bonnes manières ni à son quotidien ordonné. A
tel point, racontait-on, qu’il prenait des remèdes médicinaux pour s’assurer une
défécation par jour, le matin, trente minutes après son réveil.
Dès mon arrivée, l’intendante me conduisit au maître des lieux. Si je n’avais pas été accueilli par le Majordome, c’est que je venais remplacer le pauvre homme, suite à son décès la semaine dernière. Décès qui, comme la cuisinière me l’apprendrait plus tard, avait mis le Comte dans une rage folle car le dîner ne pouvant être décalé à plus tard, il avait dû se résoudre à descendre à la salle à manger dans son costume de journée et non dans son habit du soir.
Il avait ensuite, toujours selon la commère responsable des fourneaux, hurlé sur la jeune servante qui lui apportait sa soupe, car selon lui il était inapproprié de sangloter alors que ce moment devait être calme comme toujours pour qu’il puisse
digérer sereinement et s’endormir à neuf heure et demi pile.
Or la jeune fille pleurait car le corps du vieux majordome n’avait pas encore été enlevé par le service des pompes funèbres de la petite ville qui se trouvait non loin du manoir mais tout même trop loin pour lever la dépouille le soir-même.
Je m’attendais donc, avec ces descriptions, à trouver un homme dont l’âge s’approcherait plus d’un pape fraîchement élu que d’un sémillant jeune homme. Ma
surprise fût totale en découvrant que le Comte paraissait juste sorti de la trentaine.
Il n’avait pas de barbe alors que la mode indiquait qu’elle était de bon ton pour les
personnes de son rang, mais même la pilosité ne pouvait s’exprimer sur son visage
risquant d’apporter une touche de désordre à son visage symétrique. Ses yeux
étaient noirs et perçants.
Il me regardait depuis son fauteuil derrière un bureau parfaitement rangé, sans sourciller.
Je m’avançais sans crainte, ayant déjà servi des nobles bien plus âgés et coriaces.
- Mes hommages, Monsieur, je viens pour le poste de Majordome, je m’appelle
- Charles ! m’interrompit-il d’une voix calme mais qui ne laissait pas place à une réponse. Je ne goûte pas les nouveautés et encore moins les changements de prénoms. Vous vous appellerez Charles.
Ainsi commençaient mes dix années au service du diable.
Yannick Wargnez


Commentaires